Interview exclusive au Révérend Père Jules DOSSAH:17 Octobre 2013, Il y a 1 an déjà, nous quittait Mgr EHOUZOU de vénérée mémoire. Requiescat in pace in nomine Christi.

Publié le par AQUEREBURU Zacharie

17 Octobre 2013, Il y a 1 an déjà, nous quittaitMgr EHOUZOU de vénérée mémoire.

Requiescat in pace in nomine Christi.

Interview exclusive au Père Jules DOSSAH.
C’était à l’occasion du dernier passage du Père Jules DOSSAH en Italie.

« Je veux construire spirituellement ce diocèse … » dixit Mgr EHOUZOU.

Il y a un an, le diocèse de Porto-Novo célébrait dans la douleur, les obsèques de son quatrième évêque en la personne de son Excellence Mgr René-Marie Ehouzou. Avec le recul du temps, nous voudrions revisiter ses cinq années d’épiscopat à la tête du diocèse de Porto-Novo. Pour nous guider dans notre parcours, nous avons abordé l’un de ses proches collaborateurs, le Père Jules Dossah qui a bien voulu répondre à nos questions.C’était à l’occasion de son dernier passage en Italie.

Père Jules, bonjour. Bonjour, Père Eric.

Père Jules, vous avez été l’un des deux vicaires généraux de Mgr Ehouzou. Et s’il vous était demandé de le peindre en trois traits essentiels que répondriez-vous ?

D’abord, je tiens à remercier le Seigneur pour cette occasion qui m’est offerte de parler une fois de plus de notre regretté Père, son Excellence Mgr René- Marie Ehouzou. En tant que vicaire général, j’ai eu à partager les soucis mais aussi les espérances de Mgr Ehouzou pour le bien spirituel et matériel du peuple de Dieu confié à ses soins. Ce service m’a rapproché plus de lui et m’a permis de mieux le découvrir car je l’avais connu comme professeur et économe au Grand Séminaire saint Gall de Ouidah où j’étais l’un de ses collaborateurs en tant que cambusier.
 
Avant tout, Mgr Ehouzou était un homme de grande foi.
 
Il était convaincu de la présence de Dieu dans sa vie et il ne cherchait qu’à faire sa volonté. Tout faire pour la gloire de Dieu. C’est la raison pour laquelle, il était tout le temps en prière. Il priait beaucoup et mettait tout dans la prière.

Il avait une dévotion particulière pour Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et Saint Padre Pio. Il ne passait pas de journée sans faire le chemin de croix et l’adoration du Saint Sacrement. Il se levait même en pleine nuit pour le faire. Un laïc belge me disait l’été dernier : « votre évêque est un homme de foi, un homme de prière ». Ce laïc l’avait accompagné à la demande de Mgr à Banneu, lieu des apparitions de la Vierge. Il était surpris de voir Mgr Ehouzou prier longtemps à genoux, alors qu’il faisait très froid.

Second trait, Mgr Ehouzou était un homme d’espérance. Il lui arrive de s’étonner ou d’être surpris devant certaines situations. Mais il ne paniquait jamais. Il sait remettre les choses entre les mains de Dieu, même jusqu’aux affectations qu’il déposait devant le Saint Sacrement.
 
Il (Mgr Ehouzou) croyait fortement à la puissance de la prière et de l’Eucharistie.
 
Il était sûr qu’il serait guéri de sa maladie et restait convaincu que si le pire arrivait, il irait rencontrer son Seigneur. C’est en cela qu’il disait dans certaines circonstances difficiles dont j’ai été témoin : « je préfère mourir, rencontrer mon Dieu au lieu de renoncer à ma foi ».

Enfin, Mgr Ehouzou est effacé et très humble.
On lui reproche à tort d’être lent à s’exécuter et à ne pas vite prendre des décisions, ce qui d’ailleurs est une prudence. Je le dis parce qu’il m’est arrivé de vouloir travailler avec lui sur un sujet bien déterminé. A l’heure du rendez-vous, je devais l’attendre encore. J’ai dû le lui faire savoir sur un ton affirmatif : « Mgr on va commencer. » Je regrettai par la suite mon acte. Car il me dit : « Mon fils, je le sais mais je suis le seul à savoir combien je souffre ». Cette maladie qui ne lui donnait jamais de répit a finalement eu raison de lui. Mais je voudrais ajouter un point… Volontiers… Mgr Ehouzou savait aussi encaisser les coups. C’est important. Il savait se faire petit en gardant silence et en se mettant tout de suite en prière. Cela le conduisait jusqu’à l’expérience du pardon à demander ou à offrir. Plus d’une fois, il a enlevé sa calotte (qui soli Deo) pour se mettre à genoux devant ceux qui l’accusaient ou devant les détracteurs de ses prêtres. Cette attitude qui est une grande qualité a toujours surpris et désarmé ses adversaires.

Il (Mgr Ehouzou) ne prenait jamais de décisions pour faire mal. Il consultait toujours son conseil. Et c’est avec douleur et souffrance qu’il communiquait les décisions dures à accueillir. Une sollicitude, un amour, une proximité accompagnaient toujours ses « coups de crosse ». Que diriez-vous du profil typiquement pastoral ? Je parlerais volontiers de son endurance et de sa proximité avec le peuple de Dieu. Malgré sa santé fragile, il tenait toujours à faire le chemin de croix de saint François-Xavier à Gbodjè. Plusieurs fois j’ai voulu l’en empêcher, car il avait de sérieux ennuis. Il lui arrivait de dire pendant le parcours : « Tiens-moi, j’irai jusqu’au bout avec le peuple de Dieu ».

Son endurance reposait sur la conviction profonde que Dieu était toujours présent à ses côtés malgré la douleur.
J’ai vu Mgr Ehouzou, excusez-moi, pleurer plusieurs fois. Jusqu’à ce point …. ? Oui, jusqu’à ce point. Il voulait dépenser toute son énergie au profit du peuple de Dieu qu’il aimait de tout son cœur.

Il (Mgr Ehouzou) croyait profondément à la grandeur du sacerdoce. Il voulait être proche des fidèles, des prêtres surtout ceux en difficulté. Il n’avait pas toujours les solutions aux problèmes mais prenait la peine d’écouter… Pour tout dire, on sentait chez lui le charisme du pasteur qui cherchait à tout prix à préserver les brebis. C’est ce qui explique d’ailleurs sa position claire et sa décision de sortir un décret pour éclairer ses fidèles et son clergé sur les risques qu’ils couraient en se laissant berner par les nouvelles sectes, surtout le phénomène de ces derniers temps. Il ne serait pas exagéré de qualifier ses prises de position écrites et affichées dans les homélies de « Adversus Haereses ». Parlons maintenant des réalisations concrètes… J’ai compris avec le temps que chez Mgr Ehouzou, lorsqu’on parle de réalisations, il faut avant tout parler de l’aspect spirituel :

« Je veux construire spirituellement ce diocèse » aimait-il répéter.

C’est un grand projet qu’il a commencé à réaliser petit à petit. La première œuvre dans ce sens, est la construction du calvaire de la Sainte Croix de Gbodjè. C’est devant ce calvaire que son chemin de croix de Saint François-Xavier à Gbodjè prenait fin. La construction des différentes stations qu’il a initiée n’est pas terminée. Il n’est pas insignifiant de relever qu’il est le premier devant son peuple à prendre la croix et à traverser les rues de Porto-Novo. L’évêque au milieu des ses ouailles, comme Jésus transportant la croix. Il n’y a pas de plus grande réalisation que ce témoignage : « Prenez votre croix et suivez-moi ».
 
Un autre chantier qui lui tenait à cœur est l’éducation à la foi des enfants.

Je souhaite de tout cœur que les enfants qu’il attirait vers lui soient toujours accompagnés. Il allait régulièrement prier le chapelet avec eux à Maria Tokpa : « Laissez les enfants venir à moi » avait une résonnance très forte en lui. Il fallait à tout prix s’occuper de ses milliers d’enfants. Je sais qu’il a frappé à beaucoup de portes en Europe pour la construction d’un hôpital pédiatrique. Malgré tout, il a pu boucler avec un confrère et des partenaires le dossier de la construction d’un hôpital de référence dont les murs s’élèvent déjà dans la commune de Sèmé-Kpodji. Il se fait petit avec les petits. Tous les jeudis saints, il va laver les pieds aux enfants en situations difficiles dans le centre missionnaire des salésiens à Tokpota. Les personnes âgées étaient bien inscrites au cœur de ses projets. Il y a déjà un début de réalisation. Mgr Ehouzou a réussi à finaliser le dossier de la construction d’une maison d’accueil des personnes âgées par les Petites Servantes des Pauvres dont une communauté est à Tokan ( Calavi). La première pierre de cette maison qui sera érigée à Tohouè sur un site offert par le Père Charles Whannou, a été bénie par le Pape Benoit XVI lors de sa visite pastorale à Cotonou au moment de la bénédiction Urbi et Orbi.

Pendant les cinq années qu’il a passées à la tète du diocèse, l’un de ses vœux les plus chers, était la formation des prêtres. Il était toujours favorable aux opportunités qui s’offraient aux uns et aux autres. Il en parlait en termes de : « C’est une porte ouverte pour le diocèse ». Soucieux également de la formation des Sœurs, SARC surtout, il en envoyait à l’extérieur du pays comme à l’intérieur pour une future auto-suffisance de l’œuvre initiée par Mgr Vincent Mensah de vénérée mémoire. Sa pastorale intégrait la diversité des charismes dans l’Eglise et se traduisait par l’accueil d’autres congrégations : les religieux, surtout les Spiritains qu’il a installés à Sèmé-Kpodji. On ne peut pas oublier les nombreuses paroisses et doyennés créés sous son épiscopat.

On pourrait dire que sa forte spiritualité qui était la base de tout, l’aidait à avancer dans ses œuvres. L’essentiel pour lui, était trouver Dieu et le graver dans son cœur, construire l’église dans son cœur avant de la construire matériellement. En cela, il aura pris beaucoup de contact avec par exemple, LEPA, des architectes comme Mr Raymond Adékambi et beaucoup d’autres structures pour la réfection de la cathédrale. Au niveau de l’éducation, il a permis la construction de beaucoup d’écoles catholiques, maternelles et primaires surtout et collèges pour rapprocher l’éducation catholique des gens pour une future église prospère. A peine avait-il commencé à prendre contact pour la construction d’un Centre missionnaire à Ouando pour l’apprentissage des langues en vue d’une évangélisation en profondeur, que sa maladie s’aggrava. Souhaitons que les œuvres inachevées soient poursuivies pour le bien du peuple de Dieu et l’enracinement, dans nos pratiques pastorales, de la culture de la continuité positive. Que retenez-vous personnellement de cette expérience ?

Pour vous dire la vérité, j’ai beaucoup appris aux côtés de Mgr Ehouzou.

J’ai appris aussi à connaître notre diocèse. Au nombre des expériences qui m’ont marqué, l’accueil très difficile des décisions pénibles par les concernés. Ce sont des situations à vivre par tous les protagonistes dans un esprit de vérité et d’objectivité soutenu par un amour profond du Christ et de son Eglise. Autrement, on tombe dans les considérations partisanes très dangereuses pour notre jeune église. Je retiens que c’est un défi. Dernière question, s’il vous était demandé en tant que « chrétien et prêtre du diocèse de Porto-Novo » d’inscrire 4 grandes priorités dans l’agenda du nouvel évêque de Porto-Novo, que mettriez-vous ? J’avoue ma surprise et mon embarras par rapport à la question. Je vais tout de même esquisser une réponse. En tant que chrétien et prêtre du diocèse de Porto-Novo, je mettrais :
 
Priorité n°1. Le renforcement de la catéchèse sur le Dieu un et trine et la foi en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.
Priorité n°2 L’organisation d’une vaste consultation et concertation avec les prêtres en service dans le diocèse et hors du diocèse pour fixer les grandes orientations du diocèse dans les prochaines années. C’est essentiel !
Priorité n°3 Revoir et redynamiser les structures diocésaines tout en créant au besoin celles qui n’existent pas encore.
Priorité n°4 Réexaminer la question de la vie des prêtres : formation et subsistance. Pour ma part, en commençant par ces quatre points, le reste pourrait suivre normalement. Notre diocèse a toutes les ressources pour aspirer à un avenir radieux.
Père Jules, Merci Merci, Père Eric. Beaucoup de courage pour la poursuite de vos études.

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